La Fonderie royale de Saint-Gervais
Historique de la fonderie
Un témoin privilégiée de l’industrie métallurgique préindustrielle en France,
La fonderie de canons de St Gervais est l’un des rares témoins de l’industrie métallurgique en France, caractéristique de l’ère préindustrielle. Ses bâtiments, construits en pierres de Rovon, ayant été globalement préservés dans leur état d’origine, elle a fait l’objet d’un classement aux Monuments historiques en 1986. La fonte du fer en hauts fourneaux et son forgeage en Dauphiné remontent au Moyen Age avec l’activité des Chartreux, mais il faut attendre juillet 1619 pour que l’existence de la fonderie de fer de St Gervais soit attestée. Appartenant à la Marquise de Virieu, la fonderie est exploitée par l’entrepreneur Jean Marel qui obtient en 1679 par lettre patente du Roi Louis XIV l’autorisation de fournir les premiers canons en fer aux arsenaux de la Marine, pour remplacer les canons en bronze beaucoup plus couteux et moins résistants.
Un site remplissant toutes les conditions pour l'exploitatation des hauts-fourneaux,
Le site du Port de St Gervais réunit alors toutes les conditions pour l’exploitation de hauts fourneaux : proximité des forêts des Ecouges et du Vercors qui fournissent le combustible sous forme de charbon de bois, proximité des mines de fer d’Allevard, utilisation de la Drevenne comme force hydraulique motrice pour la forerie et les soufflets de forges et de hauts fourneaux, utilisation de l’Isère pour l’acheminement du minerai d’Allevard et des canons manufacturés vers Marseille par le Rhone puis Toulon par voie de mer. La fonderie constitue alors l’ élément central d’un véritable système préfigurant les « combinats » et systèmes de production intégrés de l’ère industrielle .
Une fonderie "royale",
Après le décès de sa propriétaire la fonderie est vendue au comte d’Herculais avant d’être classée « fonderie royale » par Colbert en1731. La fonderie de St Gervais est alors à la pointe du progrès avec deux hauts fourneaux équipés de « four à réverbère » technique qui améliore considérablement leur rendement. L’effectif de la fonderie est alors de l’ordre de 150 ouvriers et d’une trentaine de cadres . La production annuelle variable en fonction des commandes peut atteindre plusieurs centaines de canons destinés à la flotte de Méditerranée et aux défenses côtières du territoire et d’outre-mer.
La Révolution modifie le contexte mais réactive l'exploitation,
Lors de la Revolution le système est démantelé par la vente ou la cession séparée de ses composants. Le Comité de Salut Public décidera de réactiver la fonderie en 1794 , mais sans la maitrise de sa source d’énergie thermique , la forêt des Ecouges devenue domaine privé et partenaire économique indépendant. La fonderie ne retrouvera son activité industrielle qu’en 1804 sous le Premier Empire , avec une cadence de sortie pouvant atteindre un canon par jour. L’activité sera poursuivie sous la Restauration, la Seconde République et enfin le Second Empire.
Une pionnière pour les canons-obusiers en 1827,
A partir de 1827 la fonderie de Saint Gervais sera la première à produire les canons-obusiers conçus par le colonel Paixhans . destinés dans un premier temps à la défense côtière et aux batteries flottantes, ils sont adoptés par la Marine en 1839 pour l’ensemble de ses navires sous l’impulsion de l’amiral Missiessy . Ces canons constituent une révolution technologique et militaire par le pouvoir destructeur de leurs obus chargés d’explosif par rapport aux boulets pleins utilisés jusque là. Le succès des batteries flottantes contre les forts de Kinburn lors de la guerre de Crimée en 1855 conduira l’ingénieur du Génie maritime Dupuy de Lôme à concevoir le premier navire cuirassé de haute mer à propulsion vapeur, armé de canons Paixhans La Gloire, navire révolutionnaire en matière d’architecture navale qui servira de modèle à toutes les flottes militaires de l’ère thermo-industrielle .
Puis c'est la pièce d'artillerie avec canon rayé et chargement par le culasse ,
La deuxième rupture technologique en matière d’artillerie sera à partir de 1855 la mise au point du canon rayé à chargement par la culasse , faisant passer la portée pratique de de l’ordre du kilomètres à plus d’une dizaine de kilomètres. Ce type de canons constituera la dernière production de la fonderie de St Gervais , avant sa fermeture définitive en 1869.
La fermeture définitive en 1869,
Cette fermeture est liée aux difficultés provenant d’une part de l'approvisionnement en charbon de bois et d’autre part d’adaptation à l’industrialisation des nouvelles techniques de l’acier remplaçant le fer, fermeture conforme à la décision de regrouper les activités des fonderies de canons de marine à Ruelle ( Charente ) pour des raisons de rationalisation industrielle et économique. Lors de la guerre de 1870, plus de 200 canons de marine divers modèles, ont été déployés avec leurs servants marins à la défense des forts de Paris face à l’armée prussienne, comme en témoigne les journaux et l’imagerie de l’époque. Le canon à chargement par la culasse ,en acier, monté sur affût orientable en tourelle modifiera radicalement la conception des navire de guerre postérieurs à la Gloire . L’établissement national de Ruelle, unique fournisseur de Marine en matière d’artillerie, est toujours en activité et produit les systèmes de combat les plus perfectionnés pour la Marine et les Armées. La commune de St Gervais a ainsi échappé à une industrialisation qui aurait profondément modifié sa physionomie.
L'activité après la fonderie, des industriels attachés au patrimoine
Les propriétaires et exploitants des entreprises qui ont succédé à la fonderie, cartonnerie Nicolet puis usine Depagne se sont attachés à préservation du patrimoine historique , notamment messieurs Michel Merle d’Aubigné, directeur de la cartonnerie fin de années 70 , puis à partir de 1987, Marcel-Jean Mussi directeur général de la Société d’appareillage électrique Depagne et le directeur de l’usine de St Gervais, Philippe Michalkova , ingénieur des Arts et Metiers .
Le canon exposé à St-Gervais est un canon obusier « Paixhans »de calibre 22 cm , modèle 1841 fondu en 1843 à St Gervais . Ce canon qui participait à la défense côtière de l’Ile de la Reunion, anciennement Ile Bourbon, a été offert par le departement de la Reunion au Prefet de l’Isere , M Vaudevile, qui l’’a remis officiellement à la Municpalté de St Gervais en 1973. L’affut qui le supporte a été réalisé en 1992 par M Daniel Jannon (1947.- 2025 .) Maitre charpentier à St Gervais sur les plans établis à partir d’archives historiques (par le contre- amiral Aimé Moulin , ,( 1918-1998) ingénieur des Arts et Métiers, résident dans la commune, )
Bibliographie sommaire
Publications officielles
- Annuaire de l’arrondissement de St Marcellin ; Victor Advielle Notice historique de la fonderie imperiale de canons de St Gervais 1860
- Ministere de la Marine et des colonies, Mémorial de l’artillerie de la Marine, Tome II 3° livraison 1874 Notice sur les expérimentations de la Commission de Gavre Imprimerie nationale 1874 ( p521 à 660)
- Ministere des Armées, : Mémorial de l’artillerie française Tome 38, 3 °fasicule L Denoix et J Muracciole Historique de l’artilleie de la marine des origines à1870 ( p 525 à 602)
- Mémorial de l’artillerie française - PMJ Conturie , Ingenieur general de l’artillerie navale.;Histoire de la fonderie nationale de Ruelle 1750-1940 et des fonderies de canons de fer de la Marine1855-1880 Imprimerie nationale 1952 ( 248 p)
Ouvrages historiques
- Paixhans Consideratins actuelles sur l’artillerie de place 1815
- Paixhans Nouvelles forces maritimes 1822
- Paixhans Experience faite par la Marine sur une arme nouvelle 1825
- Jean Boudriot L’artillerie de mer ; France 1650-1850 Editions archeologie navale française ; Ancre 1992
- Michele Battesti La Marine de Napoleon III Service Historique de la Marine 1997
- Jean Peter L’artillerie et les fonderies de canons de la Marine sous Louis XIV Isc -Economica 1999
- Bernard Giroud Fabriques.L’aventure industrielle en Sud-Gresivaudan. Ballouhet 2009 ( (p199 à 209)
- Eric Cherer ,Vice amiral d’escadre. Les marins français dans la guerre de 1870 Editions Giovangelli 2026
- Musée dauphinois Atlas du patrimoine de l’Isere Glenat1998 (p214-215)
- Encyclopédie Diderot et d’Alembert
- Metallurugie fac simile Inter livres 1989
- Fonderies fac simile Inter livres 1999
- Fabrication des canons fac simile Biblotheque de l’image. Mame 2002
- JC Savigny Vinoissons Tome 3 Histoire de Vinay et de son canton La fabrique de canons de St Gervais Imprimerie Savigny 2023 ( p 134 à 139 )
- P Fissont et A Vite Le Departement de l’Isere ST Geravis 1856 ( p 516)
Revues et périodiques
- L’Illustration Grands établissements industriels de la France St Gervais L’Illustration n°342 17 fevrier 1849 ( p 390 à 394)
- Neptunia (Association des amis du Musée de la Marine ) Michel Mele d’Aubigné La fonderie royale de canons de St Gervais Neptunia N°140 plaquette ,I / 1980
- La Revue maritime J Conturie La fonderie de Ruelre et les anciennes fonderies de canonsde la Marine N°74 juin 1952,( p 697 à 715) N° 86 juin 1953 ( p 720 à 734)
- La Revue Maritime J Muracciole Napoleon et l’artillerie navaleN° 243 Mai 1967(p601 à 614)
- Le Chasse- Marée Alain Blaise La fonderie royale de canons de St Gervais supplement Web 288 -2017
- Bulletin de liaison des amis du Musée du canon et des artilleurs La fondrerie de St Gervais N° 6- Aout 1990 ( p4 à 10)
- L’Album dauphinois Berriat Saint- Prix ST Gervais 1839 (p 179-180)
- L’Almanach Dauphinois 2015 St Gervais ( p’ 83 à 84)
- Chroniques Rivoises Francois Battut Les forges de St Gervais 21 mai 1996( p27 à 32)
- Isere Magazine Marion Frison Une fabrique royale de canons à St Gervais Janvier 2008 ( p 47)
- Academie Delphinale Colonel Jean Oherne Historique de la fonderie de canons de St Gervais N° 8 /1973 et 4/1974
- Le Pays de St Marcellin Ferdinand Gilbert St Gervais defend la Gloire de la France
Cols bleus
- CF Brisou Les batteries flottantes de la mer Noire N°1809 juiller 1984( p
- CA Aimé Moulin Artillerie de marine : un canon obusier à la Paixhans N° 2298 18 mars 1995 ( p 4 à7)
- Jacques Gay Le fer dans la marine en bois au XVIII°siecle N° 2067 fevrier 1990 ( p10 à 14)
- CF Hubert Juet CF Marine et industrie r siderurgique au XVII° et XVII° siecle N° 22438janvier 1994 ‘ (p 6 à 12)
- CF Hubert Juet Marine et industrie siderurgique au XIX ° Siecle N° 2342 ç p9 à 8)er 2343 mars 1996 ( p 8 à 11)
- Etienne Taillermitte ( de l’Acadelie de Larine )La Marine du Second Empire N° 2289 ( p 4 à 10)et 2291 janvier 1995 ( p 4 à ! 11)
- Navirs et Histoire Remy Scherer Le conflit franco-prussien 1870-1871 Les artilleurs et canonniers de la Marine : N° 136 (p 54 à 65) N° 137 (p 84 à 96)